07.12.2006

Je me souviens...

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En hommage à Perec….

je me souviens…….


Je me souviens , moi aussi , que la violoniste Ginette Neveu est morte dans le même avion que Marcel Cerdan au large des Açores..

Je me souviens de l’esquimau de l’entracte qui craque sous la dent devant les réclames de Jean Mineur dans la salle allumée..

Je me souviens du rire de mon père..

Je me souviens des bus à plateformes et du contrôleur avec sa boîte de métal sur l’estomac..

Je me souviens de Martine Carol avant Brigitte Bardot..

Je me souviens du verre de lait que l’on buvait tout les matins en CM1

Je me souviens de la petite chienne Laïka que les russes avaient envoyée dans l’espace..

Je me souviens de l’Abbé Pierre gagnant au « Quitte ou double » animé par Marcel Fort à la radio..

Je me souviens que la chanteuse d'Opéra Mathé Altéry était la fille du Directeur du théatre de Cherbourg..

Je me souviens de Marpessa Dawn dans « Orfeu Negro »…

Je me souviens de Jack Ruby tirant sur Lee Harvey Oswald en direct à la télévision..

Je me souviens qu’un meuble signé Lévitan est garanti pour longtemps….

Je me souviens……….( à vous de continuer…)…………………

22.09.2006

Un jour d'octobre...en 52..

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1952

Dans la cour de récré , on se groupe par affinités …..
ceux qui jouent aux gendarmes et aux voleurs , à la balle aux prisonniers , les plus calmes aux osselets , ceux qui ne jouent pas et restent dans leur coin , d’autres en rond , têtes contre têtes en d’étranges conciliabules , au milieu de cette joyeuse pagaille , trois institutrices bras-dessus bras-dessous , fendent la foule des gamins, frétillantes , papotantes , souriantes , dans un incessant va et viens , prêtes à mettre fin à d’éventuelles bagarres . Quand à moi , avec quelques autres , nous avons entamé un tournoi de billes , le long du mur , en un endroit où la terre a regagné un peu d’espace sur le goudron ;

« A bien ou à mal ??? » ( à bien on rend les billes gagnées , à mal on les garde )
« A la ligne ou à l’œil ??? »… »billes de terres ou agathes ??? » ou le super luxe « billes de verres ?? »….on se met d’accord , on joue , on s’engueule , le sac de billes accroché à la ceinture , jusqu’ à ce que le carillonnement de la cloche nous rappelle à la réalité….On se retrouvera à la sortie pour poursuivre à l’extérieur , sur le trottoir en terre battue le long du mur de l’école.

La maîtresse nous a distribué des carnets de timbres « Anti-tuberculeux » , à charge pour nous de les vendre et de ramener les sous à l’école.
Certains de famille fortunée n’en n’ont cure , ils savent bien que leurs parents vont leur en prendre la totalité , d’autres , comme moi , n’auront pas cette chance , il va falloir les vendre dans la rue , et ça ne va pas être du gâteau , la concurrence sera sauvage.
Je sais que je pourrai me débarrasser de quelques uns auprès des voisins , deux ou trois chez moi , pour le reste….

« Monsieur ! , Voulez-vous un timbre !?? C’est pour la tuberculose !! »« Madame !!..Voulez-vous un timbre !?? »…j’ai horreur de çà , mais je ne peux pas me permettre de remettre les pieds à l’école avec des invendus , ce serait trop humiliant….alors je prend mon air le plus minable et je continue….

21.09.2006

Le chemin de l'école..

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Octobre 52

Ce matin , sur le chemin de l’école , nous avons ramassé des feuilles mortes..
Celles qui avaient les plus belles couleurs…c’est le mois d’octobre , depuis quelques jours déjà , les vacances sont rangées au magasin des souvenirs , nous les avons même racontées en détail dans notre première rédaction.

Aujourd’hui nous avions pour mission de ramener des feuilles.
Le long des fortifications jusqu’à l’entrée de l’Arsenal , avant le pont sur la Douve , je passe chaque jour sous une belle rangée d’arbres , je m’enfonce avec volupté dans un épais tapis multicolore et crissant sous la semelle , je n’ai que l’embarras du choix….je fourre les plus jolies dans mon cartable et presse le pas pour ne pas être en retard , je traverse la rue de l’Abbaye , remonte la rue Hippolyte de Tocqueville , dépasse la crémerie Vovard et le tabac en face , à gauche la rue de la Bucaille , à droite halte dans la petite échoppe de la vieille marchande de bonbons…le dingdong de la porte vitrée , quelques pièces de la monnaie des commissions contre un rouleau de réglisse avec une perle rouge au milieu et trois bâtons que nous appelons « bois de jus » , on les mâche pendant la récré jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un infâme entrelacs de filasse blanchâtre……je continue à gauche , passe la clinique et débouche rue Dujardin devant l’école des filles…encore quelques dizaines de mètres au long des terrains de billes et j’entre dans la cour…la cloche sonne , nous nous mettons en rang par classes et montons en bon ordre jusqu’à notre place où nous nous asseyons après autorisation de la maîtresse.

Nous sortons nos feuillages…l’institutrice nous apprend à identifier l’arbre à partir de la forme de la feuille , ensuite il nous faut sortir les boîtes de couleurs et la dessiner , en approchant au plus près les nuances flamboyantes……

27.04.2006

Dancing..

Eté 62
Aux alentours de 19 heures , arrive P’tit Louis…..
c’est le batteur de l’orchestre , un vieux petit bonhomme crasseux d’un mètre cinquante au visage ridé comme une vieille pomme , un béret vissé jusqu’aux oreilles qu’il a grandes et décollées , des petits yeux enfoncés , un large sourire édenté et permanent , un peu attardé mais je l’aime bien…..j’en ai fait la cible favorite de mes plaisanteries plus ou moins fines , jamais il ne se fâche , tout le monde rigole , lui me donne de grandes bourrades assorties d’un claironnant : « MAUDIT BARMAN !!! » ; Quand il n’est pas au café , on le voit traîner sur le port dans sa dégaine de clochard avec son bien le plus précieux…..un transistor qui ne quitte pas son oreille de la journée.

A 21 heures pile , c’est Monsieur Sanchez , l’accordéon dans sa housse noire suspendu à l’épaule , la cinquantaine ténébreuse , sans doute immigré de la guerre d’Espagne…..il vient de Quettehou à vélo …..il s’accoude au bar , je lui sers son pastis , il me murmure quelques mots que je ne comprend pas , siffle son verre et va prendre place sur le podium rejoint par P’tit Louis qui disparaît aussitôt derrière son attirail.

Les guirlandes d’ampoules colorées s’allument , la grosse boule-miroir aux mille facettes se met à tourner constellant le dancing d’un manège d’étoiles filantes.
Les joyeux noctambules attablés depuis longtemps frappent des mains…..l’accordéon attaque « Reine de musette »…..P’tit Louis tambourine en cadence en faisant tournoyer ses baguettes , la piste est pleine d’ombres en mouvement…..mon plateau plein de verres et bouteilles posé près de moi , j’attend l’intervalle entre deux danses pour aller sans danger abreuver mon aimable clientèle .

Deux heures du matin…..on éteint les lumières , on prie les attardés de rentrer chez eux….on va fermer….on ferme.
Le patron m’échange mes kilos de pièces contre des billets , j’ai mal au dos , les jambes me rentrent dans le corps…..il nous faut maintenant laver les verres , ranger les tables , balayer , nettoyer , remplir et sortir les poubelles….etc…que tout soit prêt pour l’ouverture toute proche..
A quatre heures je suis dans ma chambre…..assis sur le lit je compte ma recette – C’est une bonne journée !!- je me déshabille et m’écroule….dans six heures on remet çà…..

05.04.2006

Tableau noir..

1959

*
Cours de Français , Mr. Zaglio , fringant petit corse nerveux , écrit au tableau noir , il attend toujours d’avoir fini sa phrase pour placer accents , points et ponctuation , de violents coups de son bâton de craie qui ébranlent le tableau et cassent une fois sur deux son morceau de calcaire.
Pleber me regarde , un sourire en coin , pas besoin de parler nous nous sommes compris.
Le cours terminé , le couloir désert , nous revenons en catimini dans la classe vide…..sortons un canif de notre poche et entreprenons de sortir au trois-quart les vis qui maintiennent le tableau fixé au mur…………

Comme à son habitude , le petit prof termine d’écrire sa phrase , fait trois pas de côté pour admirer son œuvre avant de commence à marteler ses points et virgules….deux secondes de suspense et le grand tableau se décroche….arc-bouté , les deux mains appuyées , de toutes ses forces il tente de le retenir , la classe est morte de rire , nous deux arborons un simple sourire de satisfaction….c’était fait nous allions pouvoir passer à autre chose.
Mr. Zaglio avait perdu son humour , plaqué sur son tableau , il éructe :

- Bande de petits cons , au lieu de vous marrer comme des baleines venez m’aider !!! -

Nous nous précipitons pleins de bonne volonté pour le sortir de ce mauvais pas , c’est à peine si nous avons décelé une lueur de reconnaissance dans son regard furibond.
Pourtant à l’occasion , il savait nous faire rire…..j’ai en mémoire cet après-midi de printemps ensoleillé qui nous invitait à la rêverie , quand l’un d’entre nous , je n’ai jamais su exactement de qui il s’agissait quoique j’ai quelques soupçons , se laissa aller à lâcher un pet sonore et prolongé qui déchira la quiétude quasi religieuse de cette délicieuse fin de journée.
Le premier moment de stupeur passé , la classe partit d’un éclat de rire homérique.
Le calme revenu , le prof laissa tomber d’un ton sentencieux du haut de sa chaire :

« L’esprit sort par où il peut ! »